« Zinaïda ou la liberté » de Anne Hogenhuis

Parution du nouvel ouvrage de Anne Hogenhuis:

« Zinaïda ou la liberté »,  Editions Rod, 2016, 363 p.

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(Zinaïda Hippius, 20 novembre 1869, Bielov – 9 septembre 1945, Paris)

Une vie au début du XXe siècle entre Saint-Pétersbourg et Paris, dédiée à la culture et à liberté. La vie d’une femme qui pourrait être de notre temps. Zinaïda Hippius,poète, écrivain et critique littéraire, est une star de l’intelligentsiarusse. Admirée et contestée, elleassume la liberté d’être ce qu’elle veut et d’organiser le monde selon ses idées. La liberté dans sa vie s’exprime par un ménage à trois et un genre indéterminé. La liberté pour tous mène à des projets révolutionnaires. Aux côtés de son mari, l’écrivain Dmitri Merejkovski et de leur ami, Dima Filosofov, cousin de Diaghilev, elle entend rénover les structures de l’Eglise et de l’Etat, par une révolution sous le signe de l’Esprit qui apportera Liberté et Justice. Elle en discute avec Berdiaev, elle tente de convertir Savinkov, leterroriste socialiste-révolutionnaire, à une révolution qui soit chrétienne.

La guerre en 1914 ranime l’espoir d’une révolution qui mènera vers un monde idéal, un instant entrevu avec la chute de l’empire russe, mais la prise du pouvoirpar Lénine tue le mirage millénariste et prive les intellectuels de toute liberté. Dans ses carnets, Zinaïda note leur naufrage sous laférule des Gardes rouges. Abandonnant archives et manuscrits, le trio émigre vers Varsovie à travers des régions où se poursuit la guerre civile. Le désastre s’avère total. L’ami de cœur refuse de la suivre vers Paris et à la douleur de l’exil s’ajoute une souffrance inextinguible.

Une nouvelle vie recommence alors à Passy, dédiée à la sauvegarde du patrimoine culturel russe que le gouvernement soviétique menace d’extinction. Les intellectuelsfrançais se montrent peu réceptifsau message. Zinaïda se consacre alors àtransmettre l’héritage de l’Age d’argent aux jeunes émigrés, chez elle, puis, avec les gloiresd’antan,dans les grandes soirées de la Lampe verte dédiées à la littérature et à la philosophie. Une culture qui devrait être restituée à une Russie future redevenue libre.

Dans le climat tendu de la fin des années 1930, comme Merejkovski manifeste sa sympathie pour les régimes autoritaires, Zinaïda est ostracisée par ses anciens compagnonsSR engagés contre le fascisme, dont plusieurs périront en martyrs dans des camps nazis, (Ilia Fondaminsky, Mère Marie Skobtsev). Elle ne partage pas toutes les opinions de son mari, mais en reste solidaire : de leur vie commune, ils ne se sont jamais séparés plus d’un jour… La guerre et l’exode accentuent leur isolement.

Après la mort de son mari, s’installe une existence solitaire que Zinaïda consacre jour et nuit à l’écriture, jusqu’au soir d’août 1945 où elle se rend au Champ de Mars, une ultime sortie, pour fêter Paris et sa liberté retrouvée. La liberté tant chérie.

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